Juste une question N°8

Chômage : le besoin impératif de travailler, un critère distinctif

Le nombre de demandeurs d’emploi demeure très largement supérieur aux opportunités d’emploi accessibles à court terme. Dans ce contexte, une question centrale s’impose : qui doit être accompagné en priorité vers l’emploi ?

Un chômage sous-estimé par les indicateurs usuels

Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 7,9 %, soit environ 2,5 millions de personnes.

Cet indicateur, s’il reste utile pour les comparaisons internationales, ne reflète que partiellement la réalité du marché du travail. ( Cf.«Juste une question » du 14 novembre 2025)

Fin 2025, 6,1 millions de personnes étaient inscrites à France Travail, toutes catégories confondues (A, B, C, D).

Un déséquilibre structurel durable

La situation de l’emploi est peu susceptible d’amélioration à court terme.

La hausse du chômage annoncée pour 2026 pourrait se prolonger dans un contexte marqué par :

  • des perspectives économiques dégradées,
  • une croissance faiblement créatrice d’emplois,
  • une concurrence internationale accentuée,
  • et des transformations structurelles du travail, dues notamment à l’automatisation des tâches, IA et robotisation.

La croissance du PIB ne s’accompagne pas nécessairement de créations d’emplois. Ainsi, malgré une croissance du PIB de 0,9 % en 2025, 212 000 inscriptions supplémentaires en catégorie A ont été enregistrées en un an, tandis que les créations d’emplois à temps partiel (catégories B et C) n’ont progressé que de 48 000.

Une difficulté à créer des emplois : un enjeu majeur

L’ampleur du phénomène apparaît clairement lorsqu’on compare :

•   6 millions de demandeurs d’emploi aujourd’hui

•   à 852 000 emplois nets créés au cours des dix dernières années (1)

Ce déséquilibre pose moins la question du retour au plein emploi que celle des choix de priorités dans l’accompagnement vers l’emploi.

Qui a le plus besoin de travailler ?

En dehors de toute considération administrative, une logique simple devrait prévaloir : accompagner en priorité celles et ceux pour qui le besoin de travailler est impératif.

Ce besoin est particulièrement marqué chez :

  • les personnes en situation de grande précarité, actuelle ou imminente,
  • les jeunes en difficulté d’insertion sur le marché du travail,
  • les demandeurs d’emploi pour lesquels l’âge constitue un frein,
  • les personnes dont les qualifications ne correspondent plus aux besoins des employeurs, les exposant ainsi au chômage de longue durée,
  • les personnes en situation de sous-emploi,
  • les demandeurs d’emploi arrivant en fin de droits.

Une priorité déjà identifiable dans les chiffres

Ces publics se retrouvent principalement :

• en catégorie A parmi les chômeurs de longue durée : 2,58 millions de personnes fin 2025, en hausse de 187 000 sur un an,

• en catégorie A parmi les inscrits récents, dont l’absence ou l’inadéquation de qualification laisse présager un basculement vers le chômage de longue durée (Donnée non disponible)

• en catégories B et C : 1,2 à 1,4 million de personnes en situation de sous-emploi souhaitent travailler davantage

Le véritable levier : le volume d’heures travaillées

Trouver un emploi – ou travailler davantage pour les personnes en sous-emploi – suppose que des volumes de travail se libèrent ou soient créés.

Chaque année :

  • 720 000 à 750 000 personnes partent à la retraite,
  • 640 000 à 660 000 jeunes entrent sur le marché du travail,
  • auxquels s’ajoute un solde migratoire positif d’environ 70 000 travailleurs.

Ces flux montrent que la baisse du chômage ne pourra provenir uniquement du renouvellement des générations actives.

Elle dépendra essentiellement de l’augmentation du nombre total d’heures de travail proposées par les employeurs.

Une question centrale pour les années à venir

Les évolutions récentes confirment que la croissance économique, même lorsqu’elle est positive, ne garantit plus une diminution du chômage. Cette tendance pourrait se prolonger dans les prochaines années.

Inverser cette tendance constitue donc un enjeu majeur qui passe par le développement du nombre d’heures travaillées en France.

D’ici là, une question mérite d’être posée clairement  

Le développement du volume d’heures travaillées en France, ne doit-il pas profiter en priorité à celles et ceux qui ont le plus besoin de travailler ?

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(1)  Exprimé par la variation des effectifs inscrits à France Travail. Baisse du nombre d’inscrits en catégorie A  (494 000 )  plus augmentation des inscrits en catégories B et C qui ont donc trouvé un travail à temps partiel (358 000). Ces données ne reflètent pas complétement la réalité de la création d’emplois mais s’en approchent.