Création d’emplois: s’intéresser aux gisements non exploités
La création d’emplois constitue un objectif social majeur compte tenu du nombre de personnes aujourd’hui à la recherche d’un travail (1).
Cet objectif conduit à s’interroger sur plusieurs points essentiels.
Dans les conditions actuelles, la France est-elle réellement en mesure d’amplifier fortement le développement économique dont elle a besoin ?
Face à une concurrence internationale accrue, les entreprises existantes disposent-elles d’un potentiel de développement suffisant pour répondre à l’enjeu de création d’emplois ?
Exploitons-nous réellement toutes les possibilités de création d’activité économique ? Ne passons-nous pas à côté d’opportunités importantes de développer de nouvelles activités ?
Création d’emplois : les conditions
Au cours des prochaines années, l’État, les établissements publics et les collectivités territoriales contribueront probablement moins directement à cet objectif, en raison des contraintes budgétaires qui pèsent sur les finances publiques.
La création d’emplois reposera donc principalement sur deux leviers : les entreprises existantes et les entreprises nouvelles.
Pour ces dernières, un enjeu majeur sera d’améliorer leur pérennité, car une part significative des jeunes entreprises disparaît dans les premières années d’activité.
Mais au-delà du nombre d’entreprises créées ou développées, une question apparaît déterminante : celle des activités elles-mêmes.
Dans un contexte de forte concurrence internationale et de transformation économique rapide, les emplois de demain dépendront largement de la nature et du positionnement des activités qui seront créées et développées en France.
Autre condition essentielle : leur viabilité économique.
Compte tenu de la situation budgétaire du pays, le recours durable aux financements publics restera nécessairement limité. Les activités nouvelles devront donc être capables de trouver leur équilibre économique.
Enfin, leur impact sur l’emploi devra être pris en compte. Certaines activités – notamment celles qui ne peuvent être automatisées – présentent un potentiel plus important de création d’emplois et méritent à ce titre une attention particulière.
Le choix des activités futures – produits comme services – apparaît donc déterminant.
Or les politiques économiques s’attachent le plus souvent à accompagner les entrepreneurs et les entreprises. Elles s’interrogent plus rarement sur une question pourtant essentielle : comment identifier les activités qui devront être créées demain ?
Pourquoi cette question est essentielle
Des exemples récents montrent que les partenariats industriels entre pays européens sont souvent difficiles à construire. Il est probable que cette situation perdure. La France pourrait donc se retrouver fréquemment seule pour exploiter certains marchés d’avenir.
Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer qu’elle puisse s’imposer dans un grand nombre de secteurs de haute technologie face à des puissances comme la Chine ou les États-Unis. Cette orientation ne peut donc constituer la seule stratégie.
Par ailleurs, la plupart de ces secteurs génèrent relativement peu d’emplois, ce qui ne répond que partiellement à l’enjeu majeur de réduction du nombre de personnes en attente de travail.
Il apparaît donc essentiel d’investir également dans des activités susceptibles de s’imposer face aux concurrents internationaux sans nécessiter un soutien durable des financements publics.
Ces activités existent. Encore faut-il les identifier.
Quelques pistes pour identifier les activités à privilégier
Les idées d’activités économiques ne surgissent pas seulement de l’imagination individuelle. Elles peuvent aussi résulter d’une observation attentive de l’économie et des besoins individuels ou collectifs.
Plusieurs voies d’investigation peuvent ainsi conduire à identifier des activités nouvelles. Par exemple :
- résoudre un problème connu qui ne dispose pas aujourd’hui de solution satisfaisante,
- mieux répondre à un besoin existant encore imparfaitement satisfait,
- anticiper un besoin latent appelé à émerger dans les prochaines années,
- dupliquer ou adapter une activité ayant déjà démontré sa viabilité en France ou à l’étranger,
- produire localement ce qui est aujourd’hui importé,
- valoriser un savoir-faire, une ressource ou une infrastructure existante,
- relancer des projets abandonnés alors qu’ils répondaient à un besoin réel.
L’exploration opérationnelle de ces voies d’investigation met souvent en évidence des opportunités de création d’activités insuffisamment exploitées jusqu’à présent.
Dans ce domaine, l’approche territoriale se révèle généralement très productive.
Les entreprises existantes ne sont pas nécessairement les mieux placées pour identifier ces activités nouvelles.
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Les entreprises concentrent naturellement leurs ressources et leurs efforts sur leurs activités existantes qui mobilisent déjà une grande partie de leurs moyens financiers, techniques et humains. L’exploration d’activités nouvelles comporte en outre une part d’incertitude et de risque que beaucoup d’entreprises hésitent à assumer.
Par ailleurs, les opportunités d’activités nouvelles ne sont pas toujours immédiatement visibles. Elles nécessitent souvent une observation plus fine des besoins et des potentialités existantes ou latentes, qui dépasse le cadre immédiat de l’activité de l’entreprise.
Les créateurs d’entreprises, quant à eux, ne disposent généralement pas des moyens financiers nécessaires pour mener les investigations permettant d’identifier ces opportunités.
Ces éléments suggèrent que l’identification des activités susceptibles d’être créées ou développées ne relève pas seulement de l’initiative individuelle : elle peut aussi bénéficier de démarches plus organisées visant à faire émerger ces opportunités.
Un enjeu majeur et une opportunité
L’enjeu est d’aller au-delà du nombre d’emplois que les entreprises existantes peuvent créer.
Une telle démarche peut constituer également une véritable opportunité :
- pour des entreprises à la recherche d’activités de diversification,
- pour des auto-entrepreneurs dont l’activité ne procure pas une rémunération suffisante,
- pour des créateurs d’entreprises potentiels à la recherche d’une activité à exploiter,
- pour l’État enfin, qui peut ainsi ouvrir de nouvelles voies de soutien à l’activité économique.
D’où la question
N’est-il pas devenu indispensable d’explorer systématiquement toutes les pistes de création d’activités susceptibles de générer des emplois, et de consacrer une part des investissements au repérage des potentialités économiques encore inexploitées ?
La finalité de cette orientation pourrait se résumer simplement :
« Toute activité potentielle mérite d’être identifiée et explorée. »
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(1)
L’ampleur de cet enjeu apparaît clairement lorsque l’on observe les données disponibles sur les personnes susceptibles de travailler en France.
Données France Travail
https://statistiques.francetravail.org/stmt/publication
Au 4ᵉ trimestre 2025, le nombre de personnes inscrites à France Travail et tenues de rechercher un emploi (catégories A, B et C) s’élève à :
5 752 000 personnes
À ce chiffre s’ajoutent :
• environ 1 million de chômeurs non inscrits à France Travail mais déclarant rechercher un emploi (estimation issue des enquêtes de l’INSEE permettant de calculer le taux de chômage au sens du BIT),
• 737 000 personnes inscrites à France Travail en catégories D et E,
• 1 067 000 personnes inscrites en catégories F et G.
Au total, cela représente près de 8 500 000 personnes susceptibles de travailler, dont environ 6 millions sont effectivement à la recherche d’un emploi.
À ces chiffres s’ajoutent enfin les personnes sans emploi qui n’apparaissent pas dans les statistiques de France Travail. Leur nombre est difficile à estimer.
Ces ordres de grandeur illustrent l’importance de l’enjeu que représente aujourd’hui la création d’emplois.